De la musique indé montréalaise à écouter absolument

Le milieu indé de Montréal suscite depuis longtemps l’intérêt de la planète entière grâce à plusieurs artistes très appréciés, dont Godspeed You! Black Emperor, Backxwash, The Unicorns, Arcade Fire, Patrick Watson et Wolf Parade. Voici dix chansons de groupes parmi les plus passionnants et inventifs de Montréal, lesquels ne représentent d’ailleurs que la pointe de l’iceberg musical local.
KAYTRANADA — Space Invader, tirée de l’album AIN’T NO DAMN WAY!
KAYTRANADA s’inscrit, sans exagération, parmi les talents les plus en vue de la scène musicale mondiale et fait la fierté de Montréal grâce à son génie de réalisateur et à ses nombreuses collaborations avec des noms prestigieux, dont Mary J. Blige, Gorillaz, Childish Gambino et PinkPantheress. Ouvertement queer et doté d’un style tout à fait singulier, cet extraordinaire artiste trace son propre chemin et crée des vagues tant dans le milieu undeground qu’auprès du grand public. On vous conseille aussi d’écouter son hommage hip-hop à Montréal, le morceau My Crew, fruit d’un partenariat avec Cadence Weapon, lui-même anciennement de la ville.
FAZE — Wanna Be Good, tirée du microalbum Big Upsetter
FAZE, groupe phare de la scène hardcore montréalaise, figure parmi les meilleures formations à voir en concert dans les salles de la ville. Ces musiciens s’inspirent du hardcore canadien et japonais (avec des accents psychédéliques et une touche de trombone pour faire bonne mesure) et chaque fois qu’ils annoncent un spectacle, on peut s’attendre à une soirée mémorable. Leur biographie sur Bandcamp résume d’ailleurs parfaitement leur style: « c’est comme conduire une voiture de course à 200 km/h sur le boulevard Saint-Laurent, de René-Lévesque jusqu’à l’autoroute 40… FAZE, c’est Montréal vue à une vitesse complètement hallucinante. »
Ribbon Skirt — Cellophane, tirée de l’album Bite Down
Le duo imparable Ribbon Skirt allie des sons de rock indé énergiques à l’héritage musical anichinabé de la chanteuse et guitariste Tashiina Buswa (leur nom vient d’ailleurs d’un vêtement traditionnel porté par les femmes et les personnes bispirituelles de cette communauté autochtone). Leur premier album encensé par la critique et sélectionné pour le prix Polaris, Bite Down, comprend des collaborations avec des artistes tels que Greg Saunier (de Deerhoof), Scott Munro de (Preoccupations) et Marlaena Moore.
Erika Angell — Never Tried to Run, tirée de l’album The Obsession with Her Voice
Le public montréalais connaît et suit Erika Angell depuis longtemps, l’artiste ayant notamment joué au sein de groupes tels que Thus Owls, The Moth, Josef & Erika et Beatings are in the Body tout en prêtant sa voix caractéristique à des albums d’artistes locaux comme Leonard Cohen, La Force et The Besnard Lakes. Angell se produit enfin en solo pour créer des paysages sonores inoubliables et singuliers à partir de couches de synthés sur lesquelles elle dépose sa voix unique.
Jeremy Dutcher — Pomawsuwinuwok Wanakiyawolotuwok / ᐯᒪᐧᓱᐧᐃᓄᐧᐁᒃᐧᐊᓇᑭᔭᐧᐁᓓᑐᐧᐁᒃ, tirée de l’album Motewolonuwok
Jeremy Dutcher, jeune musicien figurant parmi les talents les plus primés du Canada (et le seul à avoir remporté à deux reprises le prestigieux Prix Polaris), imprègne ses chansons riches en nuances de sa philosophie « indigiqueer » et mise à la fois sur sa formation en musique classique et des enregistrements d’archives de chants autochtones. Peu de chanteurs possèdent une telle puissance vocale sur scène.
Elle Barbara’s Black Space — Your favourite meal, tirée de l’album Word on the Street
Musicienne, planificatrice événementielle, fondatrice de groupe House of Barbara et militante, Elle Barbara fait partie intégrante de la scène underground montréalaise. Avec son groupe Elle Barbara’s Black Space et l’album Word on the Street (lancé par la maison de disque américaine K Records), elle a atteint de nouveaux sommets. On aime particulièrement son utilisation inventive du signal de départ du métro de Montréal, dont on peut entendre l’échantillon juste avant le point culminant de sa chanson Your Favourite Meal, l’un des morceaux phares de ce magnifique opus.
Markus Floats — AS ABOVE, tirée de l’album Fourth Album
Markus Floats, le projet solo du bassiste montréalais Markus Lake, a rejoint les rangs de l’influente maison de disque Constellation Records, qui compte parmi ses artistes Godspeed You! Black Emperor, Erika Angell, Colin Stetson et bien d’autres talents. Ses explorations sonores à la fois expressives et expérimentales se nourrissent d’influences diverses, comme le free jazz, le R&B et le post-punk.
Laurie Torres — Lisière, tirée de l’album Après coup
La claviériste Laurie Torres a sorti son premier album complet, Après coup, en 2025, sous la maison Tonal Union Records. Les disques vinyle de ce remarquable opus, parus en tirage limité, ont tous rapidement trouvé preneur. En concert, ses morceaux aux sonorités douces et ondulantes apaisent et réchauffent les foules, autant sur de grandes scènes locales, comme celle du Théâtre Fairmount, que dans des contextes plus intimistes en studio qui affichent toujours complet en un clin d’œil.
Pierre Kwenders — Papa Wamba, tirée de l’album José Louis and the Paradox of Love
Né à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, Pierre Kwenders a déménagé à Montréal à l’adolescence. Sa musique cosmopolite — interprétée en pas moins de quatre langues — fusionne ces influences diverses pour nous donner quelque chose d’entièrement nouveau et singulier. Son album José Louis and the Paradox of Love — sur lequel figurent des invités comme Tendai Maraire (de Shabazz Palaces), Ngabo et Africa Intshiyetu Choir — a remporté le Prix Polaris. Kwenders anime et organise également les soirées Moonshine, une expérience incontournable à Montréal dont on communique le lieu uniquement par texto.
Phoboscom — Sempiternal Penance, tirée de l’album Gateway
La scène musicale indépendante de Montréal couvre un éventail de styles musicaux, du punk à l’électro en passant par tout ce qui se trouve entre les deux. La communauté métal indépendante de la ville, depuis longtemps incroyablement foisonnante et créative, trouve ses racines chez les pionniers de ce milieu, dont le groupe Voivod, fondé en 1982 et toujours aussi actif. Les albums de Phobocosm repoussent les limites du death métal avec des passages exploratoires et des transitions atmosphériques qui évoquent bien les thèmes de prédilection du groupe: « l’apocalypse et la philosophie ».

Mark Hamilton
Mark Hamilton est gestionnaire de communauté pour QueerMTL et un musicien dans les formations Woodpigeon, Frontperson et Brittle Dream, ainsi que commissaire et historien spécialisé dans l’activisme LGBTQ+ et la création de zines. Résident de Montréal depuis 2015, on le retrouve le plus souvent en route sur un vélo BIXI, avec quelques minutes de retard.